La guerre contre l’Islam éclate en plein centre de l’Europe
Main page Analyse, Europe

Erfurt, cette petite ville médiévale située en Allemagne, s’est transformée en véritable champ de bataille qui confronte les cultures musulmane et chrétienne en Occident.

On sait que Donald Trump ne cesse de faire appel pour interdire l’entrée des musulmans sur le territoire des Etats-Unis. Mais de l’autre côté de l’océan Atlantique, les musulmans semblent également avoir une vie assez difficile, suite à la hausse du mouvement de la droite évoquant des messages anti-islam dans plusieurs pays d’Europe.

Le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) est un des partis politiques allemands tenant des discours de caractère anti-islam. Récemment les membres du parti ont fait une série de déclarations en dénonçant l’islam et en avertissant la population de «l’augmentation du nombre des musulmans sur le sol allemand».

En disant que son objectif est d’assurer la sécurité de la population allemande et de protéger les droits de la femme et de la culture allemande, l’AfD, qui est soutenu par 1 électeur sur 6, prône l’interdiction du port du voile à l’école et dans les universités et élabore une sorte de manifeste de caractère anti-islamique basé sur des recherches scientifiques.

Le parti se prononce également pour l’interdiction de la construction des mosquées à Erfurt. Même si 75% des habitants de la ville affirment qu’ils ne pratiquent aucune religion, les membres du parti sont indignés du fait que les minarets pourraient être érigés à quelques arrêts seulement des églises les plus anciennes de Erfurt.

« L’affaire est trop importante, on ne peut pas rester silencieux. C’est notre devoir de nous prononcer. Nous sommes patriotes », a fait savoir le membre local de l’AfD, Stefan Möller.

Des musulmans ainsi que certains hommes politiques sonnent l’alarme, tout en faisant remarquer que la montée en popularité des partis de la droite est un signe du temps.

Cette année deux universités allemandes ont fermé les portes des salles de prière aux musulmans en disant que l’école est un endroit laïc et que les musulmans ne doivent pas être traités d’une manière différente.

En Allemagne, ainsi que dans les autres pays européens, les autorités ont constaté la propagation des attaques aux mosquées, y compris des incendies criminelles et des actes de vandalisme.

« Cela rappelle l’époque de Hitler »

La guerre contre l’Islam éclate en plein centre de l’Europe
Le survivant Alexander Butschuk lors de la visite de l’ex-camp de concentration de Buchenwald, le 12 avril 2015. L’Allemagne a célébré le 70e anniversaire de la libération des prisonniers du camp suite à l’arrivée des forces américaines le 11 avril 1945. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Non seulement les musulmans, mais aussi plusieurs habitants de Erfurt sont angoissés par cette nouvelle tendance.

« Les crématoriums utilisés dans les camps de concentration (pendant la Seconde Guerre mondiale, ndlr) ont été construits à Erfurt », a fait remarquer Bodo Ramelow, membre du parti Die Linke et ministre-président de Thuringe.

« Les camps de concentration Buchenwald et Dora ont été installés ici. C’étaient nos propres concitoyens juifs qui sont devenus victimes de la première grande vague de racisme… Nous devons empêcher coûte que coûte que la majorité puisse détruire la vie de la minorité », a-t-il ajouté.

Des leaders musulmans estiment que la montée en popularité des partis de la droite en Allemagne fait partie du même phénomène qu’on peut actuellement observer aux Etats-Unis, en France, en Autriche, aux Pays-Bas, en Pologne et dans d’autres pays de l’Europe.

« Pour la première fois (depuis la Seconde Guerre mondiale) il y a un parti qui essaye de réprimer toute une communauté religieuse en la menaçant. Cela nous rappelle l’époque d'Hitler », a dit Aiman Mazyek, le président du Conseil central des musulmans en Allemagne.

La montée en puissance des tendances anti-islamiques

La montée en puissance des tendances anti-islamiques n’est pas un phénomène nouveau pour l’Europe. En 2009, les autorités suisses ont interdit la construction d’une nouvelle mosquée. Un an après le parlement français a adopté une loi interdisant le port du voile intégral en public.

Des leaders musulmans craignent la montée de la haine anti-Islam et de l’islamophobe partout en Occident.

Aux Etats-Unis, Donald Trump vise particulièrement des musulmans. En Autriche, lors des présidentielles un candidat du parti d’extrême droite a failli gagner les élections.

En France, selon le ministère de l’Intérieur, des actes de violence commis contre les musulmans ont triplé en 2015 en passant de 133 à 429 incidents en un an.

En Pologne, la police a récemment fait des perquisitions dans un campus étudiant de Cracovie en soupçonnant quelques étudiants étrangers de liens avec des extrémistes.

En janvier, les autorités de la ville danoise de Randers ont adopté une résolution selon laquelle toutes les institutions publiques doivent servir du porc. Les partisans de cette résolution ont expliqué que la culture culinaire de Danemark devait primer sur les exigences et la culture des immigrés musulmans.

En avril, les autorités de la province italienne de Veneto ont adopté des amendements à une loi qui renforcent les difficultés d’obtention de permis de construire pour les nouvelles mosquées.

« Je suis contre la construction de nouvelles mosquées. J’ai déjà rencontré quelques-uns de ces prêcheurs, je leur ai dit que les sermons devaient être prononcés en Italien pour des raisons de transparence », a fait savoir le gouverneur de Veneto, Luca Zaia.

Les critiques deviennent de plus en plus fréquentes

La guerre contre l’Islam éclate en plein centre de l’Europe
La réunion entre les partisans de l’AfD et les représentants des communautés musulmanes en Allemagne. Axel Schmidt/Reuters

L’Allemagne est restée bastion de la tolérance en Europe pendant très longtemps. Plusieurs hommes politiques citaient les horreurs de la Seconde Guerre mondiale pour donner un exemple des conséquences de la politique ciblant des minorités ethniques ou religieuses.

Pourtant, certains partisans de l’AfD font remarquer que les conséquences de cette tolérance sans limites peuvent être graves.

Ainsi, en 2014 un groupe des musulmans conservateurs ont installé un panneau publicitaire dans la ville de Wuppertal prônant l’interdiction de consommer l’alcool ou de fréquenter des boites de nuit.

Ceux qui critiquent l’islam font remarquer que des musulmans manquent de respect aux minorités sexuelles et aux femmes - il suffit juste de se rappeler des cas de viols qui se sont produits à Cologne le 31 décembre 2015.

Les opposants à l’extrême droite indiquent pourtant le fait que la position de ces mouvements politiques concernant les droits LGBT ou le rôle de la femme n’est pas beaucoup plus différente que la position des musulmans.

L’AfD «a en principe la même position homophobe et sexiste - bref, inhumaine - que les associations islamiques ultraconservatrices», estime Mina Ahadi, la dissidente iranienne et critique de l’islam fondamental.

Il y a quelques semaines des dirigeants du parti AfD et les représentants des associations musulmanes ont organisé une réunion conjointe. Seulement, les parties prenantes n’ont fait que s’accuser mutuellement de tous les maux.

Afin de citer des arguments convaincants, le parti de la droite a utilisé le témoignage de Tilman Nagel, l’ex-professeur des études islamiques de Göttingen University, qui estime que l’islam est incompatible avec la démocratie.

« Les principes fondamentaux de l’islam ne peuvent pas être compatibles avec notre constitution », a-t-il fait savoir lors d’une interview téléphonique accordée à l’AfD.

L’opposition ferme, que l’AfD a démontré face à l’intention de la communauté musulmane de construire la première mosquée à Erfurt, a choqué les leaders musulmans. Il est à noter que le parti politique l’a appris pendant une réunion qui s’est tenu il y a près d’un mois.

« J’ai pu voir de la haine dans leurs yeux quand je leur ai dit cela », a déclaré Suleman Malik, le migrant d’origine pakistanaise âgé de 33 ans.

« Ils veulent violer notre liberté religieuse, mais ils n’y arriveront pas. C’est une affaire d’échelle nationale désormais. Je ne pense pas que l’Allemagne ait envie que cela se produise », a-t-il ajoute.

Lire aussi:

Хотите узнать больше о гражданстве за инвестиции? Оставьте свой адрес, и мы пришлем вам подробный гайд

Veuillez décrire l’erreur, s’il vous plaît
Fermer
Fermer
Merci de votre inscription
Mettez un like sur Facebook afin que nous puissions continuer à produire du contenu intéressant gratuitement.